Cet article fait suite à un certain nombre de billets déjà publiés à propos du créationnisme…
Vous ne croyez en aucun dogme religieux ? Moi non plus. Eh bien, je ne voudrais pas me montrer pessimiste une fois de plus, mais je crains que nous ne représentions pas l’avenir de l’humanité.
Déjà, dans les pays anciennement industrialisés, ça se gâte pour les athées – d’un point de vue statistique, ça se discute certainement, mais du point de vue de la représentation, c’est évident. Essayez seulement de faire une campagne politique en déclarant de but en blanc « je n’ai aucune spiritualité définie et je m'en vante » : quelle vulgarité! vous pourrez rejoindre Laguiller au musée du matérialisme.
Si l’on considère le monde entier à présent, le succès des religions révélées, et pour être plus précis, des monothéismes les plus obtus, est sans partage. C’est d’autant plus déroutant que nous avons grandi à une époque où les religions dépassées ne semblaient plus bonnes qu’à produire des édifices décoratifs pour égayer le paysage des vacances.
À quel moment les choses ont-elles basculé ? Sous nos latitudes, en tout cas, il me semble que les laïcs (j’entends par là : pas forcément des non-croyants mais tous ceux qui séparent clairement existence ordinaire et miracles), ont baissé dangereusement leur garde lorsqu’ils ont admis que le discours religieux ne pouvait pas être critiqué d’un point de vue logique, et ne pouvait pas plier devant des critères de vérité.
Je me souviens du moment où j’ai étudié l’histoire du fait religieux en terminale. Le prof de philo (très bon pédagogue au demeurant) avait introduit son cours de cette façon : « on ne peut pas dire que la bible est un mensonge sous le simple prétexte qu’on ne croit pas à la création et aux miracles. Le récit biblique est imagé et contient un sens plus élevé que cela ». Soit. C’est l’argument massue : le mythe est là pour former une communauté, et l’important au fond, c’est le message.
Sauf que ces gens cultivés qui disent « Dieu est une hypothèse intéressante » par simple modestie par rapport aux limites de leur propre savoir, par simple esprit philosophique finalement, ne connaissent la foi que de l’extérieur. Le « bon croyant », le vrai, c’est tout le contraire : il accepte le texte d’un bloc. À ceux qui ne croient pas que le monde a été créé en une semaine il y a six mille ans par le Verbe divin, qui ne croient ni au péché originel, ni à la résurrection de la chair, excusez-moi de vous le dire, mais vous n’êtes pas chrétiens : il faudrait arrêter de répondre le contraire quand on vous fait un sondage par téléphone, parce qu’après les vrais illuminés se croient les maîtres du monde.


1 commentaires:
"Le « bon croyant », le vrai, c’est tout le contraire : il accepte le texte d’un bloc."
Certes, certes. Mais je ne vois pas en quoi cela pose problème. Tout croyant ayant un minimum de dispipline intellectuelle est capable de faire l'effort de doublepensé nécessaire croire aussi sincèrement à son dogme religieux qu'au dogme pragmatique du moment.
Après tout le monde entier s'y entend à merveille pour être fasciné par la lumineuse Paris Hilton tout en la trouvant sinistrement inintéressante.
C'est une question d'orthodoxie (au sens orwellien).
Et ce n'est pas difficile. Les Japonais y arrivent très bien eux qui sont capable de cumuler les religions comme Nicolas Sarkozy les mandats. Ils se contentent de piocher ici ou là telle ou telle pratique religieuse comme une abeille butine de fleur en fleur.
Enregistrer un commentaire